BLANC PAS TOUT BLANC par Michel François

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BLANC PAS TOUT BLANC

Vive les féminines !

Regretté par la plupart des observateurs parce qu’il aurait dû poursuivre logiquement son travail au moins jusqu’à la Coupe du monde 2014, Laurent Blanc n’a pourtant pas pleinement convaincu en tant que sélectionneur de l’équipe de France. Les 23 matches sans victoire n’ont pas caché des erreurs dans le choix des joueurs, dans la philosophie de jeu ainsi que dans la gestion collective. Un autre entraîneur, Raymond Domenech par exemple, n’aurait pas bénéficié d’autant de clémence de la part de la presse et des supporters…

Le résultat avant la forme, voilà justement comment le sélectionneur italien Cesare Prandelli ne conçoit pas le football. Laurent Blanc est regretté par la majorité du football français ce samedi soir, quelques heures après l’annonce de sa décision de ne pas prolonger à la tête de l’équipe de France. Face à la proposition d’un contrat de 2 ans avec réduction de la masse salariale de son staff, “le Président” a donc refusé lui-même de ne pas diriger le groupe tricolore jusqu’en 2014 au moins, pour la Coupe du monde au Brésil. Or le parcours des Bleus à l’Euro, sur le terrain comme en dehors, aurait bien pu justifier un changement d’entraîneur, après 2 années loin d’être brillantes.

Un jeu sans identité

Le jour et la nuit. Fortement critiqué pour ses prestations en équipe de France, Franck Ribéry, l’un des rares joueurs de classe mondiale du groupe, n’aura jamais vraiment eu l’occasion de donner la pleine mesure de son talent avec la tunique frappée du coq. Simplement parce qu’il a été mal accompagné et mal installé. Quand, au Bayern, il peut combiner avec son latéral pour déborder ou rentrer dans l’axe, s’appuyer sur un Bastian Schweinsteiger ou Thomas Müller, ou encore viser Mario Gomez en pointe, l’ancien Marseillais a trop souvent été isolé sur son aile gauche en équipe de France.

L’exemple de Franck Ribéry peut témoigner de l’absence de stratégie offensive véritablement imaginé par le sélectionneur. Fan du football espagnol, l’ancien technicien de Bordeaux a appuyé sur la conservation de balle. Mais les Bleus n’ont jamais su vraiment maîtriser un match techniquement tout en accélérant subitement pour créer le danger. Les supporters bordelais se souviendront d’ailleurs que leur équipe maniait bien le cuir, grâce à la technique de Gourcuff ou Wendel, mais que les constructions étaient souvent inefficaces, la différence se faisant souvent sur coup de pied arrêté.

A l’Euro, Blanc a même semblé perdre tout contrôle sur ses intentions en matière de construction. D’un 4-2-3-1 régulier, il est définitivement passé en 4-3-3, obligeant par exemple Samir Nasri à jouer comme un vrai relayeur alors qu’il a souvent soutenu Karim Benzema lors des éliminatoires. Le joueur du Real Madrid est devenu un problème pour le collectif, Laurent Blanc lui permettant de décrocher très souvent jusqu’à ne pas être dans la surface lors des débordements des latéraux. Sans être convaincant durant les éliminatoires malgré l’invincibilité, le jeu de l’équipe de France a basculé dans le médiocre en pleine compétition, alors même qu’aucun plan B (avec Giroud soutenu par Benzema) n’avait été travaillé.

Cette carence flagrante était devenue envisageable vu le brouillard total régnant dans le secteur offensif. Samir Nasri n’aura jamais trouvé sa place, Florent Malouda est soudainement devenu le “8″ gaucher idéal, alors que les latéraux n’ont jamais pu développer une affinité avec leur milieu excentré. Mathieu Debuchy a dû faire sans milieu offensif devant lui contre l’Angleterre, avant de devoir combiner avec Jérémy Ménez contre l’Ukraine et Hatem Ben Arfa contre la Suède, pour ensuite évoluer lui-même sur cette aile face aux Espagnols.

Des joueurs contestés

Laurent Blanc comptait s’appuyer sur des expérimentés. Alou Diarra et Florent Malouda ont bien disputé la finale de la Coupe du monde 2006 avec Zinédine Zidane, mais ils ne méritaient pas leur place dans la liste des 23. Le milieu défensif et le milieu gaucher, s’ils ont des qualités parfois utiles sur certains matches, restaient sur une mauvaise saison. Logiquement pointés du doigt par la presse, ils ont été mis sous pression tout en étant défendus sans logique par leur sélectionneur.

Le libéro des champions du monde a également raté un pari d’importance, celui de considérer Samir Nasri comme une pièce importante de l’équipe de France. Certes, Karim Benzema avait conservé la confiance du sélectionneur en 2010 alors qu’il avait réalisé des performances catastrophiques avec le Real Madrid, mais le joueur formé à l’OM, devenu milieu offensif excentré sous Arsène Wenger, ne s’est jamais imposé comme le leader technique d’Arsenal puis de Manchester City. Comment aurait-il peut le devenir chez les Bleus ?

Dans une moindre mesure, des Yann M’Vila et Patrice Evra n’ont jamais été remis en question. Le premier, auteur d’une saison moyenne à Rennes, savait déjà que sa place dans le onze était assurée. Le second, lui aussi auteur d’une saison moyenne à Manchester United, devait remplacer Eric Abidal. Gaël Clichy, sélectionné en raison de ce forfait, s’est finalement retrouvé titulaire. Quant à Hatem Ben Arfa, il a été emmené en Ukraine après une demi-saison du côté de Newcastle, où il a surtout brillé contre des formations modestes de Premier League, sans jamais vraiment se distinguer lorsqu’il était question de déstabiliser une défense adverse de qualité.

Une gestion du groupe floue

L’équipe de France, qui n’existe pas au quotidien, doit-elle être gérée comme un club anglais ? Laurent Blanc avait opté pour ce fonctionnement, avec un Jean-Louis Gasset en entraîneur. Le sélectionneur, lui, supervisait en discutant avec d’autres adjoints, et n’a peut-être pas imposé une rigueur suffisante au sein du groupe, si ce n’est sur la question des retards. Jamais, il n’a pu déceler de véritables leaders dans l’équipe, le capitanat changeant d’ailleurs constamment avant d’atterrir sur le bras d’un gardien de but sans leadership.

Pire, à l’Euro, le coach des Tricolores n’a plus eu d’emprise sur certains: évidemment Samir Nasri, célébrant un but pour répondre à un journaliste ou insultant un autre en zone mixte, mais aussi Jérémy Ménez, qui a insulté un arbitre et son capitaine en plein match, ou encore Karim Benzema, visiblement envieux de faire la différence à lui seul lors des rencontres.

L’affaire des quotas et sa relation avec Le Graët

Extra-sportivement, Laurent Blanc n’est pas exempt de tout reproche, là non plus. Arnaud Ramsay, auteur de Laurent Blanc, la face cachée du Président, l’a bien expliqué. Concernant l’affaire des quotas, le sélectionneur n’a jamais avoué avoir approuvé de la discrimination ethnique lors de cette discussion visant à limiter des jeunes Français possiblement binationaux. “Déjà naturellement méfiant, il est devenu quasiment parano après l’affaire des quotas. Il a été profondément marqué par cette histoire, mais il est aussi largement fautif, parce qu’il ne s’est jamais vraiment excusé. Ce que lui reproche d’ailleurs Lilian Thuram, c’est qu’il n’a pas eu le sentiment d’avoir commis une faute, il n’a pas mesuré que c’était du racisme. C’est d’ailleurs une de mes thèses, ce côté un peu primaire de Laurent Blanc, il n’est pas toujours brillant”, avait expliqué notre confrère à Sports.fr avant l’Euro.

Dans cette même biographie, on y apprend que le Cévénol n’a jamais su construire une relation de confiance avec le Noël Le Graët, son boss à la Fédé. Arnaud Ramsay explique: “Je trouve que sur ce sujet, la presse a été très indulgente avec lui. Certes, après le désastre sportif et moral de Knysna, il a fait un long travail, mais c’est aussi son boulot. Il gagne 110000 euros par mois pour ne jamais venir à la Fédé, jouer au golf la plupart du temps et regarder les matches sur son iPad, Le Graët est dans une logique que je comprends. Ce n’est pas un smicard du foot, si la France échoue au premier tour, ce serait logique qu’il démissionne et soit remplacé.” Presque écrit d’avance, à un match perdu près.

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